La deuxième adresse new-yorkaise de la marque de lunettes est un sanctuaire inspiré par Isamu Noguchi et conçu par l’architecte Maja Bernvill.
NEW YORK — La maison de lunetterie de luxe AHLEM, dont les adeptes comptent des initiés des mondes de l’art, du design, de la musique, du sport et du cinéma, a le plaisir d’annoncer l’ouverture
de son tout nouvel atelier à New York. Située au 405 West 13th Street dans le Meatpacking District, la boutique marque le deuxième point de vente de la marque à New York et sa toute dernière collaboration avec l’architecte Maja Bernvill.
Deux autres adresses, également sous la direction de Maja Bernvill, sont prévues à Tokyo et dans le Haut Marais à Paris plus
tard cette année.
« C’est notre sixième boutique, mais c’est aussi la première qui nous permet de rassembler toutes les facettes d’AHLEM »,
déclare Ahlem Manai-Platt, fondatrice et créatrice de la marque.
« Je pensais au Meatpacking District depuis près de dix ans. On y ressent son passé industriel, mais c’est un quartier en constante évolution. Il y a quelque chose d’incroyablement vivant ici. »
Avec un agencement inspiré par l’artiste visionnaire Isamu Noguchi, AHLEM Meatpacking District — le plus grand magasin de la marque à ce jour — propose dès l’entrée une sélection d’éditions spéciales,
une galerie principale exposant la collection complète, un espace de travail dédié aux ajustements sur place et services sur mesure, ainsi qu’un salon privé pour les rendez-vous. Un laboratoire interne
entièrement opérationnel assurera la coupe des verres à partir d’un large choix de teintes.
« L’espace est plus vaste que tout ce que nous avons fait auparavant, mais je voulais qu’il soit perçu comme généreux plutôt que grandiose », explique Ahlem Manai-Platt. « Les gens pensent souvent que le luxe s’arrête une fois que l’on quitte le magasin. Pour moi, c’est là qu’il commence vraiment. »
« Ordonner l’espace, c’est lui donner un sens. »— Isamu Noguchi
Poursuivant le dialogue avec Isamu Noguchi entamé lors de la conception d’AHLEM Paris Saint-Germain, Ahlem Manai-Platt et Maja Bernvill se sont à nouveau tournées vers l’un des dessins de début de carrière du sculpteur comme principe fondateur de cet espace de près de 140 mètres carrés.
« Noguchi relie les lieux clés de l’univers d’AHLEM : le Japon, Paris et les États-Unis », note Maja Bernvill. « Pour chaque nouvel atelier, nous sélectionnons l’une de ses œuvres sur papier de la série
des Abstractions parisiennes et l’explorons à travers un prisme architectural. »
Créée dans les années 1920, alors que Noguchi assistait Constantin Brancusi à Paris, l’œuvre source est une expression révélatrice de formes biomorphiques. Plutôt que d’exposer l’œuvre comme un
objet décoratif ou de l’utiliser comme une simple référence d’ambiance, le duo a imaginé le dessin de Noguchi comme le véritable plan au sol de l’atelier : la circulation, le mobilier et le rythme de l’espace découlent directement de son concept original.
« Les artistes vers lesquels je reviens sont presque toujours les mêmes — Noguchi en fait partie, tout comme Brancusi », confie Ahlem Manai-Platt. « Il y a énormément de réflexion, d’émotion et de travail derrière ce qu’ils font, mais quand vous vous trouvez devant l’une de leurs œuvres, aucun de ces efforts n’exige votre attention. Tout semble couler de source. Quand je dessine une monture, c’est exactement ce sentiment que je recherche. »
Un profond respect pour l’héritage et l’innovation imprègne l’atelier. Si le plan d’AHLEM Meatpacking District s’inspire de l’œuvre de Noguchi, la boutique elle-même est installée dans un bâtiment classé
de style Arts and Crafts, initialement construit comme entrepôt par John Jacob Astor IV au début du XXe siècle.
« Ce bâtiment a déjà une histoire. Mon rôle n’était pas de la réécrire », souligne Ahlem Manai-Platt. « Il s’agissait d’abord de l’écouter, puis d’y ajouter un nouveau chapitre. »
La façade extérieure ne pouvant être modifiée, elles ont joué sur
les contrastes : les briques d’origine mettent en valeur deux vitrines minimalistes, chacune illuminant une seule monture posée sur des podiums sculpturaux réalisés par l’artiste verrier français Simon Rio.
Visible depuis la rue, ce dialogue entre l’artisanat patrimonial et le design moderne — fondamental dans la philosophie d’AHLEM — crée une première impression saisissante.
À l’intérieur, d’imposantes colonnes structurelles empiétant sur l’espace ont offert une nouvelle occasion de faire preuve de créativité. Maja Bernvill a trouvé l’inspiration dans la galerie Feigen
(1969) de l’architecte Hans Hollein, qui avait transformé de massifs piliers d’entrée en une exubérante déclaration postmoderne en les rendant réfléchissants. « Je voulais célébrer nos piliers d’une
manière similaire », explique-t-elle. Enveloppées d’acier inoxydable miroir, les colonnes de l’atelier deviennent un élément caractéristique de la galerie principale, démultipliant les reflets et diffusant la lumière dans tout l’espace.
« AHLEM travaille avec des techniques qui existent depuis des
générations, mais notre responsabilité n’est pas de les figer dans un musée ; c’est de les maintenir en vie en leur permettant d’évoluer », précise Ahlem Manai-Platt. « L’innovation n’a de sens que lorsqu’elle respecte ce qui l’a précédée. »
Le parcours à travers l’atelier se dévoile par étapes. Les visiteurs pénètrent d’abord dans l’espace des collections spéciales, qui présente une sélection de 15 montures AHLEM inédites et exclusives.
La galerie principale, cœur battant de l’atelier, présente la collection complète d’AHLEM : 84 montures mises en valeur par des miroirs rétroéclairés, de l’acier brossé, une lumière apaisante et des surfaces réfléchissantes. Au plafond, un vaste halo circulaire illumine la galerie d’une lumière éclatante.
L’espace de travail propose des ajustements sur mesure, un service de dorure à chaud pour la personnalisation des étuis, ainsi que la cérémonie du thé offerte par AHLEM — un geste d’hospitalité emblématique de la maison.
L’agencement culmine dans un salon privé réservé aux rendez-vous et aux consultations AHLEM One of One, magnifié par une installation in situ de l’artiste Theresa Traoré Dahlberg. Travaillant à partir
de métaux de récupération et de minéraux extraits de la terre, Theresa Traoré Dahlberg façonne la matière première pour lui donner de nouvelles formes pleines de sens, en écho à la passion d’AHLEM
pour la matérialité transformée par la technique.
Encadrant l’atelier à l’avant et à l’arrière, les œuvres commandées à Simon Rio et Theresa Traoré Dahlberg ont été l’occasion de collaborer avec deux des artistes contemporains favoris d’Ahlem
Manai-Platt. « Ce qui m’a intéressée chez Simon et Theresa, c’est qu’ils laissent tous deux la matière s’exprimer plutôt que de la contraindre à une idée », explique-t-elle. « Je me retrouve dans cette façon de travailler, car c’est aussi ainsi que je conçois mes créations. »
À travers l’atelier du Meatpacking District, les formes arrondies et les lignes courbes, inspirées par l’approche biophilique de Noguchi et les principes du Feng Shui, diffusent harmonie et équilibre.
« Lorsque les gens visitent l’atelier, j’espère qu’ils ne dissocieront pas l’architecture, l’art et les lunettes », conclut Ahlem Manai-Platt. « J’espère simplement qu’ils ressentiront que tout est à sa
place, même s’ils ne peuvent pas l’expliquer immédiatement. »
Pour établir une ligne directrice à travers chaque point de vente, le duo s’appuie sur une sélection constante de matériaux nobles.
« Le verre, le bois, le métal et le béton composent cette palette
resserrée qui permet d’identifier la marque, bien que l’agencement et la forme de chaque boutique soient uniques », explique Maja Bernvill.
« C’est notre base familière, honnête et sereine. »
Des bancs et des tables en noyer massif côtoient de délicats piédestaux en verre sculpté. Les colonnes structurelles, habillées
de métal réfléchissant, perdent de leur masse. Les textiles en relief et le mobilier tout en courbes offrent un contraste organique et brut face aux finitions lisses du béton poli, de l’acier brossé, des surfaces
miroir et du bois ciré. Exécutée avec une touche aussi légère que précise, l’atmosphère est à la fois apaisante et inspirante.