Dans une époque régie par la vitesse et la facilité, Jacob Banks choisit la lenteur. Rien ne laissait pourtant présager ce parti pris au vu de son ascension fulgurante : musicien autodidacte né au Nigeria et établi au Royaume-Uni, il s'est propulsé sous les projecteurs dès l'âge de 21 ans en remportant les tremplins MOBO Unsung et Adidas en 2012, avant d'enregistrer le très remarqué The Monologue, son tout premier EP, l'année suivante. Porté par une voix de velours d'une profondeur rare (qui n'est pas sans rappeler Sam Cooke, Sister Rosetta Tharpe ou Al Green), et par un sens aigu de l'observation, son univers au croisement de la soul vintage et des sonorités contemporaines lui conquiert immédiatement la critique ainsi qu'un public d'initiés. Très vite, les plus grands collaborateurs (Chase & Status, A$AP Rocky, Timbaland) et les majors s'empressent de faire appel à lui.
Mais la longévité artistique est une course d'endurance, plus proche du marathon que du sprint. Après une parenthèse féconde au cœur de l'industrie musicale — tournée en tête d'affiche, concerts à guichets fermés, apparitions dans les classements de fin d'année —, Jacob Banks fait le choix audacieux de tracer sa propre voie. En 2022, il fonde Nobody Records, déclenchant un élan créatif d'une liberté immédiate. Libéré des impératifs commerciaux comme des contraintes extérieures, il peut désormais suivre son instinct en toute indépendance, façonnant des opus ambitieux et singuliers qui réinventent les formes comme les thèmes. La recherche d'authenticité reste son unique boussole, qu'il s'agisse de captiver les attentions les plus volatiles avec Yonder (2024-25), une remarquable anthologie en trois volets, ou de déconstruire les représentations de l'amour romantique en en explorant la face sombre sur son dernier album, Limerence (2026). Quel que soit le territoire qu'il choisira de sonder ensuite, il méritera toute votre attention.
Comment avez-vous débuté dans la musique ?
Par pur hasard. J’ai commencé par jouer de la guitare, puis les choses se sont emballées. Je ne me rappelle pas avoir pris de décision consciente, mais cela a toujours été un plaisir pour moi et c'est ce plaisir qui m'a fait rester.
Quels sont les éléments essentiels à votre démarche créative ?
Ce n'est pas vraiment un outil, mais plutôt le jeu. Je pense qu'il doit y avoir une dimension ludique et une liberté d'explorer mes émotions et ma créativité. Je me rends compte avec les années qu'il est encore plus essentiel de préserver cette part de jeu, et de veiller à toujours chercher de nouvelles façons de raconter de vieilles histoires. La musique a été incroyablement généreuse avec moi et m'a apporté plus que de raison ; si je suis là, c'est pour en profiter pleinement. Ce qui m'a aussi aidé, c'est de créer d'autres sources de revenus en dehors de la musique : cela me permet d'aborder la création comme un acte de dévotion et de jeu, sans attendre quoi que ce soit en retour.
Dans quel environnement vous sentez-vous le plus inspiré ?
Je suis le plus inspiré lorsque je suis attentif, la magie et les idées sont partout. L'inspiration me vient de conversations du quotidien, de répliques de films, de TikToks inédits. Il est facile pour la magie de me trouver dès lors que je prête attention.
Qui ou qu'est-ce qui a eu la plus grande influence sur votre travail ?
Il y a plusieurs personnes, mais à ce stade, je dirais que c’est Beyoncé. J’admire sa détermination à toujours repousser les limites et à aller chercher plus loin, alors qu’elle a déjà tout accompli.
Avez-vous un son préféré ?
Le démarrage à froid d’un V8 de G63 ou d'un V12, quel qu'il soit.
Collectionnez-vous quelque chose ?
Je collectionne l'art, et j'ai récemment commencé à collectionner les voitures anciennes et les vinyles. Je viens d'acquérir une Mercedes 350 SL de 1979 et un Range Rover Defender 90 classique. J'ai aussi dégoté quelques œuvres en Afrique du Sud dont je suis ravi. Mais je ne me considère pas comme un collectionneur pointu : je ne rassemble que des choses que j'aime sincèrement.
Quel est le bien auquel vous tenez le plus ?
Un corps en bonne santé, même si mes vieux genoux font tout leur possible pour gâcher ça.
Quelle est votre tenue de tous les jours ?
J'ai environ 50 survêtements Scuba de chez Weekday. Comme j'ai de grandes jambes, trouver des pantalons bien coupés relève de l'aventure. Quand je trouve une pièce qui me va, je ne porte plus que ça.
Avez-vous des petits plaisirs coupables ?
J'aime jouer aux jeux vidéo et faire un basket avec mes potes.
Quels sont vos rituels personnels ?
Je ne suis pas vraiment adepte des rituels. C'est comme ça. J'essaie simplement de donner le meilleur de moi-même et de faire face à ce qui vient.
Comment vous détendez-vous ?
En gâchant la journée de quelqu'un d'autre sur Call of Duty. Quelque part, il y a quelqu'un qui joue aussi pour se détendre et qui, manque de chance, doit m'affronter. Je l'écrase et je gâche sa journée. Un vrai bonheur.
Pouvez-vous partager une expérience artistique qui vous a marqué durablement ?
Tellement de choses m'ont touché. Au plus bas, j'ai lu L'Alchimiste de Paulo Coelho. Bon, c'est le seul livre que j'ai lu depuis que j'ai quitté les bancs de l'école (la faute à mon TDAH), mais il a changé ma vie. Je sais que c'est un grand cliché de dire ça de ce livre en particulier, mais il m'a vraiment donné un point d'ancrage quand je n'avais plus rien.
Quel est le conseil le plus précieux que l’on vous ait donné ?
« Ne jamais attribuer à la malveillance ce que l'incompétence suffit à expliquer », aussi connu sous le nom de Rasoir de Hanlon. Comme la plupart des choses ces derniers temps, je suis tombé là-dessus au détour d'un TikTok et ça m'a vraiment marqué. La majorité des gens sont juste perdus dans leur propre monde. Ils ne pensent pas à vous autant que vous pensez à vous-même.
De quoi êtes-vous le plus fier ?
De tellement de choses. En ce moment, ce sont mes amis qui me rendent le plus fier. C'est un vrai bonheur d'avancer dans la vie au même rythme qu'eux. Les voir accomplir ce dont ils ont toujours rêvé, c'est quelque chose de très spécial.
Quel a été votre plus grand défi ?
Essayer de préserver la joie dans un monde qui cherche sans cesse à nous la voler. Et le sentiment de culpabilité d'éprouver cette joie alors que tant de gens souffrent.
Quel conseil donneriez-vous au jeune homme que vous étiez ?
Acheter du Bitcoin. Beaucoup de Bitcoin.
Qu'avez-vous hâte de créer par la suite ?
J'ai hâte de me créer encore de magnifiques souvenirs, que ce soit à travers mon travail ou avec mes proches et ma famille.